Que dirait le grand économiste John Maynard Keynes aujourd'hui ?
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Que dirait le grand économiste John Maynard Keynes aujourd'hui ?
Le Monde pour le Monde.fr -
Le 4 février 1936 était publié la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt de la monnaie, l'ouvrage majeur de l'économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946). Soixante-quinze ans après, l'économiste Jean-Marc Daniel, professeur associé à l'Ecole supérieur de commerce de Paris (ESCP), évoque l'influence d'un des ouvrages les plus importants du XXe siècle.
Le Monde : Quelles sont les idées-clef de la Théorie générale de Keynes ?
Jean-Marc Daniel : Keynes développe trois idées essentielles.
La première : l'homme se réalise par la consommation. Les économistes libéraux classiques s'intéressaient davantage à l'épargne car elle conditionne l'investissement.
Ensuite, Keynes affirme que la monnaie n'est pas neutre : les gens préfèrent avoir des liquidités pour pouvoir les utiliser à tout moment et ne se tourneront vers l'épargne que si elle est très bien rémunérée.
La troisième idée forte, c'est que l'Etat a la capacité d'agir sur la production. En finançant par exemple des grands travaux, il crée des emplois, favorise la consommation, ce qui crée d'autres emplois. C'est le multiplicateur keynésien.
Comment l'ouvrage avait-il été accueilli à sa sortie ? Deux types de personnes ont réagi à l'époque : les économistes et les hommes politiques. Pour sa profession, l'ouvrage de Keynes n'était qu'une provocation de plus de la part d'un homme qui aimait se faire remarquer. Ce n'était pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu : ces idées circulaient depuis un moment mais Keynes était le premier à les afficher.
Les politiques, eux, y ont vu des solutions concrètes à la crise de 1929. Pendant les premières années de la crise, ils espéraient que les forces du marché allaient résoudre la crise. Cela a été inefficace et les populations se sont tournées vers l'extrémisme. Les politiques d'alors, comme le Front Populaire, ont souvent pris des initiatives de grands travaux ou d'investissement. Keynes a fourni un fondement théorique à leurs pratiques empiriques.
Qui a fini par l'emporter dans les politiques économiques ? Les libéraux classiques ou les keynésiens ?
Après Keynes, pour les économistes, il y avait deux solutions : chercher la victoire de leur camp ou bien essayer de réaliser la synthèse des idées keynésiennes et libérales classiques. Des économistes comme John Hicks ou Paul Samuelson l'ont réalisé et ce sont eux qui ont gagné. On a parlé de retour de Keynes pendant la crise, mais les schémas libéraux restent forts. Si la politique économique aujourd'hui c'est le pâté de cheval et d'alouette, le cheval est libéral classique et l'alouette est keynésienne.
Que dirait Keynes aux politiques aujourd'hui ?
Il leur dirait d'être pragmatiques mais aussi constants dans l'effort. Ne regardez pas les indicateurs à trois mois, ne vous laissez pas impressionner par les agences de notation. Mais aussi de préparer la prochaine crise. Et il leur dirait enfin qu'il faut expliquer les enjeux à la population. Il serait plus du côté de David Cameron qui promet du sang et des larmes aux Britanniques que de ceux qui ne s'avancent pas sur des hausses d'impôts
Le 4 février 1936 était publié la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt de la monnaie, l'ouvrage majeur de l'économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946). Soixante-quinze ans après, l'économiste Jean-Marc Daniel, professeur associé à l'Ecole supérieur de commerce de Paris (ESCP), évoque l'influence d'un des ouvrages les plus importants du XXe siècle.
Le Monde : Quelles sont les idées-clef de la Théorie générale de Keynes ?
Jean-Marc Daniel : Keynes développe trois idées essentielles.
La première : l'homme se réalise par la consommation. Les économistes libéraux classiques s'intéressaient davantage à l'épargne car elle conditionne l'investissement.
Ensuite, Keynes affirme que la monnaie n'est pas neutre : les gens préfèrent avoir des liquidités pour pouvoir les utiliser à tout moment et ne se tourneront vers l'épargne que si elle est très bien rémunérée.
La troisième idée forte, c'est que l'Etat a la capacité d'agir sur la production. En finançant par exemple des grands travaux, il crée des emplois, favorise la consommation, ce qui crée d'autres emplois. C'est le multiplicateur keynésien.
Comment l'ouvrage avait-il été accueilli à sa sortie ? Deux types de personnes ont réagi à l'époque : les économistes et les hommes politiques. Pour sa profession, l'ouvrage de Keynes n'était qu'une provocation de plus de la part d'un homme qui aimait se faire remarquer. Ce n'était pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu : ces idées circulaient depuis un moment mais Keynes était le premier à les afficher.
Les politiques, eux, y ont vu des solutions concrètes à la crise de 1929. Pendant les premières années de la crise, ils espéraient que les forces du marché allaient résoudre la crise. Cela a été inefficace et les populations se sont tournées vers l'extrémisme. Les politiques d'alors, comme le Front Populaire, ont souvent pris des initiatives de grands travaux ou d'investissement. Keynes a fourni un fondement théorique à leurs pratiques empiriques.
Qui a fini par l'emporter dans les politiques économiques ? Les libéraux classiques ou les keynésiens ?
Après Keynes, pour les économistes, il y avait deux solutions : chercher la victoire de leur camp ou bien essayer de réaliser la synthèse des idées keynésiennes et libérales classiques. Des économistes comme John Hicks ou Paul Samuelson l'ont réalisé et ce sont eux qui ont gagné. On a parlé de retour de Keynes pendant la crise, mais les schémas libéraux restent forts. Si la politique économique aujourd'hui c'est le pâté de cheval et d'alouette, le cheval est libéral classique et l'alouette est keynésienne.
Que dirait Keynes aux politiques aujourd'hui ?
Il leur dirait d'être pragmatiques mais aussi constants dans l'effort. Ne regardez pas les indicateurs à trois mois, ne vous laissez pas impressionner par les agences de notation. Mais aussi de préparer la prochaine crise. Et il leur dirait enfin qu'il faut expliquer les enjeux à la population. Il serait plus du côté de David Cameron qui promet du sang et des larmes aux Britanniques que de ceux qui ne s'avancent pas sur des hausses d'impôts

aetius- Nombre de messages: 25
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Age: 102
Re: Que dirait le grand économiste John Maynard Keynes aujourd'hui ?
Mais est-ce que l'interventionnisme de l'Etat est l'universelle panacée ?
Ce n'est pas l'avis d'un autre économiste, beaucoup moins célèbre que John Maynard Keynes, nommé Robert Barro, que je cite :
"L'effet d'éviction financière (crowding-out effect) est souligné par les auteurs de l'école classique pour dénoncer les limites d'un interventionnisme qui reposerait sur le déficit budgétaire, en raison du besoin de financement qu'il engendrerait.
Les effets néfastes de l'emprunt d'État se manifestent de deux manières: d'une part, les ressources financières sont détournées de l'investissement productif vers le financement du déficit budgétaire, avec une moins bonne allocation de l'épargne. D'autre part, les emprunts d'État raréfient une épargne dont le prix va ainsi s'accroître ; les taux d'intérêt progressent au détriment des emprunteurs. "
En tout cas, Keynes fut l'un des principaux artisans des accords de Bretton Woods en 1944, et on peut dire que le Plan Marshall, qui permit de relancer l'économie de nombreux pays occidentaux, s'inspira directement des idées de ce grand économiste.
Ce n'est pas l'avis d'un autre économiste, beaucoup moins célèbre que John Maynard Keynes, nommé Robert Barro, que je cite :
"L'effet d'éviction financière (crowding-out effect) est souligné par les auteurs de l'école classique pour dénoncer les limites d'un interventionnisme qui reposerait sur le déficit budgétaire, en raison du besoin de financement qu'il engendrerait.
Les effets néfastes de l'emprunt d'État se manifestent de deux manières: d'une part, les ressources financières sont détournées de l'investissement productif vers le financement du déficit budgétaire, avec une moins bonne allocation de l'épargne. D'autre part, les emprunts d'État raréfient une épargne dont le prix va ainsi s'accroître ; les taux d'intérêt progressent au détriment des emprunteurs. "
En tout cas, Keynes fut l'un des principaux artisans des accords de Bretton Woods en 1944, et on peut dire que le Plan Marshall, qui permit de relancer l'économie de nombreux pays occidentaux, s'inspira directement des idées de ce grand économiste.

aetius- Nombre de messages: 25
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